La forêt classée du village de Kèkoro, dans la région de Bougouni, est aujourd’hui en proie à une agression inédite et par conséquent à une destruction programmée. En effet, le week-end dernier, la Directrice Nationale des Eaux et Foret, dans sa ronde habituelle, en synergie avec certains éléments de la Garde Nationale, ont mené une opération ayant abouti à une saisie d’importants lots de matériels ainsi qu’à l’interpellation de 29 chinois coupables d’extraction illégale d’or. Une situation qui suscite pourtant des interrogations suite à ses multiples implications.
L’orpaillage illégal ou clandestin, aux conséquences dramatiques pour les populations à cause des impacts sur les cours d’eau, la faune et la flore, est pourtant une activité en pleine effervescence au Mali. Or, bien que nuisible, cette pratique connait une ascension vertigineuse sans doute à cause de ses multiples implications à tous les niveaux de l’échelon social. Récemment, c’est la région de Bougouni qui a été la cible de ce phénomène. En effet, sur une superficie de 52 000 hectares, 10 000 de la forêt classée du village de Kèkoro sont détruits par les activités d’orpaillage illégal menées par les chinois depuis un certain temps.
Face à un tel acte incriminable, la Directrice Nationale des Eaux et Forêts, renforcée par certains éléments de la Garde Nationale, a pris ses responsabilités afin de mettre un terme à ce qu’il est convenu d’appeler, sans euphémisme, le crime environnemental. Cette mission de routine qui a enregistré un franc succès, s’est soldée par une importante saisie d’un lot de matériels notamment composé de 24 pelleteuses, 9 pickups et bien d’autres outils qui seront confisqués au bénéfice de l’Etat. Par conséquent, les auteurs de cette pratique, formellement interdite, dont 29 Chinois, ont été régulièrement interpellés au cours de l’opération.
Notons que les auteurs de ces crimes, à l’encontre de notre patrimoine commun, c’est-à-dire la dégradation à outrance de l’environnement, dans le cadre de l’orpaillage illicite, sur le sol malien, sont fréquemment les ressortissants chinois. Aussi, la récurrence de ce phénomène suscite certaines interrogations. En effet, comment expliquer que les chinois auteurs de ces actes illicites et préjudiciables pour les populations et l’environnement déploient une logistique aussi lourde sans que les autorités n’anticipent sur leurs intentions et leurs actes ? Comment détruire autant de superficies avant d’être repérés alors que ces forêts classées doivent faire l’objet de contrôles systématique et régulier ?
En tout cas, tout porte à croire que ces exploitants chinois bénéficient de complicités au plus haut sommet de l’administration ou de l’appareil d’Etat. Cette interpellation tardive n’est peut-être qu’un subterfuge ridicule pour saper les apparences. Ou bien même une manœuvre dilatoire pour endormir les consciences d’éventuels dénonciateurs ou lanceurs d’alerte au sein des populations. Par ailleurs, une autre hypothèse, fort bien plausible, est que ces arrestations peuvent traduire un profond désaccord dans les termes d’un contrat officieux entre exploitants chinois illégaux et autorités indélicates dans un système inédit de corruption. Sinon comment justifier le fait que des étrangers aient le cran de braver une interdiction légale dans un pays d’accueil par la commission d’actes aussi graves ?
A ce propos, faudra rappeler avec force que l’exploitation clandestine et abusive de l’or au Mali relève, pour la plupart des cas, d’organisations mafieuses issues des rouages même de l’administration publique, chefferie locale ou légitimité traditionnelle. Une situation qui contraste dangereusement avec l’idéal du Mali coura qui a aussi et surtout pour mission de bannir certains comportements dégradants et contraires à l’intérêt général.
De toute évidence, la gravité de ce phénomène aux conséquences dévastatrices et parfois irréversibles pour le pays, mérite que l’Etat se montre intraitable et que la loi soit appliquée dans toute sa rigueur sans distinction. Reste toutefois à savoir le sort qui sera réservé aux coupables de ce crime environnemental qui, en toute logique, méritent une punition exemplaire à vocation dissuasive loin des traitements laxistes et complaisants habituels.
Nouhoum BERTHE/Duniya Kibaru


