Le Franc CFA (Franc de la Communauté Financière Africaine pour l’UEMOA et Franc de la Coopération Financière en Afrique centrale pour la CEMAC) est une monnaie dont l’histoire, depuis sa création en 1945, est marquée par des débats constants sur sa pertinence et la souveraineté économique des pays africains qui l’utilisent.
Création et Objectifs Initiaux :
Né le 26 décembre 1945 après les accords de Bretton Woods, le Franc CFA a été conçu pour les colonies françaises. Son objectif principal était de garantir une parité fixe avec le Franc français et d’assurer une stabilité monétaire, facilitant ainsi les échanges commerciaux avec la France en remplacement des monnaies dites indigènes. Il s’inscrivait dans la continuité du système de la Zone Franc, héritage de l’époque coloniale.
Tentatives de Retrait et Leurs Enseignements
Plusieurs pays ont tenté de s’affranchir du Franc CFA pour retrouver leur souveraineté monétaire, souvent avec des résultats mitigés :
Le Mali a introduit le Franc malien en 1962, mais est revenu au Franc CFA en 1984 suite à des difficultés économiques et une forte dévaluation. Après 22 ans d’utilisation de sa propre monnaie, le Mali a rejoint la zone franc en renonçant ainsi à sa souveraineté monétaire.
La Mauritanie a créé l’Ouguiya en 1973, dans le cadre d’une politique de nationalisation. Elle n’est n’a jamais rejoint la zone monétaire, plus tard elle sort également de la CEDEAO en 1997.
Le Togo a fait institué la mise en circulation d’une monnaie nationale appelée le marck togolais avec la création d’une banque centrale en décembre 1962 et le 13 janvier 1963, une crise politique au sommet de l’Etat à mis fin au projet. Le mark togolais n’a jamais été mis en circulation officiellement malgré la promulgation de la loi n° 62‑20 le 12 décembre 1962.
Ces expériences ont mis en lumière les défis inhérents à la gestion autonome d’une monnaie, notamment en termes de stabilité et de crédibilité internationale surtout dans les anciennes colonies françaises au sud du . Sahara.
Les Conditions de Garantie Historiques
La garantie du Franc CFA reposait sur des accords de coopération monétaire avec la France, incluant :
Une parité fixe :
initialement avec le Franc français, puis avec l’Euro depuis 1999 (1 Euro = 655,957 FCFA).
Un compte d’opérations : les pays de la Zone Franc devaient déposer une partie de leurs réserves de change (initialement 100%, puis 65%, et 50% avant les réformes de 2019) auprès du Trésor français. Ce mécanisme a été vivement critiqué comme un frein à la souveraineté monétaire un symbole de l’influence française.
La libre convertibilité en Euro, facilitant les transactions internationales.
Une représentation française au sein des banques centrales de la Zone Franc (BEAC et BCEAO).
Décentralisation et Réformes des Accords
Le transfert des sièges de la BEAC (Banque des États de l’Afrique Centrale) à Yaoundé en 1977 et de la BCEAO (Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest) à Dakar en 1978 a marqué une étape vers l’africanisation de la gestion monétaire.
Sous la pression des pays africains, des révisions des accords de garantie ont eu lieu :
Le taux de dépôt sur le compte d’opérations a été progressivement réduit.
Pour l’UEMOA (Union Économique et Monétaire Ouest Africaine), un accord historique en 2019 a acté la suppression du compte d’opérations et le remplacement futur du Franc CFA par l’Eco, tout en maintenant la garantie de convertibilité par la France.
Des négociations sont en cours pour la CEMAC (Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale) concernant des réformes similaires.
Situation Actuelle et Perspectives
Aujourd’hui, la Zone Franc est divisée en deux blocs :
L’UEMOA (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo) utilise le Franc CFA Ouest-Africain (XOF) et est en pleine transition vers l’Eco.
La CEMAC (Cameroun, Congo, Gabon, Guinée Équatoriale, République Centrafricaine, Tchad) utilise le Franc CFA Central-Africain (XAF) et discute encore de ses réformes.
La parité fixe avec l’Euro et la garantie de convertibilité française demeurent pour les deux zones.
L’avenir du Franc CFA est dynamique et les perspectives incluent :
La mise en œuvre concrète de l’Eco pour l’UEMOA, une monnaie gérée par les pays africains avec une coopération maintenue avec la France.
Des réformes potentielles pour la CEMAC, inspirées par l’UEMOA.
Une aspiration grandissante à la souveraineté monétaire pour les pays africains, impliquant une plus grande autonomie et une diversification des réserves.
Le renforcement de l’intégration économique régionale et la diversification des partenariats au-delà de la France.
Le Franc CFA, né d’une ère coloniale, est donc engagé dans une transition complexe, cherchant à s’adapter aux réalités contemporaines et aux aspirations d’indépendance économique des nations africaines.
Cette récente réforme en cours d’exécution permettra à la zone UEMOA d’avoir plus de crédit vis à vis de certains détracteurs du F CFA par : le changement du nom de la monnaie, le retrait de la France du conseil d’administration de la BCEAO et du comité de crédit, le maintenant temporaire de la garantie et par ricochet la convertibilité illimité du franc CFA en Euro et surtout la fermeture du compte d’opérations auprès du trésor public français qui stockait la moitié des réserves de change des États membres constitue une véritable avancée pour une monnaie en quête de souveraineté.
Boubacar DIALLO, ancien cadre de banque, Macro économiste,
Dr Laya Amadou GUINDO, enseignant chercheur, Maître de Conférences.

