Cela remonte au samedi 17 septembre 2021, à partir de 15h, que s’est tenu la conférence – débat, portant sur le thème du divorce, organisée par la société civile du quartier de Sabalibougou, à travers son comité de veille. Et, c’est la maison de la femme et de l’enfant qui a été choisie pour abriter cet auguste et singulier événement, en présence de nombreux invités de marque ainsi que de la presse.
La salle refusait du monde, celle dans l’enceinte de la maison de la femme et de l’enfant, symboliquement affectée à la tenue de cette conférence-débat, sur le thème du divorce. En effet, ils étaient très nombreux à honorer de leur présence cette cérémonie presqu’inédite à Bamako, portant sur un phénomène aussi sensible dont le divorce et qui est toujours d’actualité. Parmi les invités de marque, figuraient la directrice de la maison de la femme et de l’enfant, la représentante de la KAFO, des imams, des représentants de la justice et des forces de l’ordre et de sécurité, des représentants d’associations et d’ONG.
Faudra-t-il le rappeler, cette auguste et singulière activité, en son genre, organisée par le comité de veille de la société civile du quartier de Sabalibougou, en collaboration avec la chefferie traditionnelle, est la résultante des constats faits par les participants au dialogue social quant aux problèmes qui freinent le développement local.
Le début de la cérémonie a été marqué par un acte empreint de civisme, en l’occurrence, le chant à l’unisson de l’hymne national prôné par les organisateurs de l’événement. Avant même l’entame de la conférence proprement dit, certaines notabilités du quartier de Sabalibougou, à savoir, le chef du village et le responsable de la société civile, El Hadj Django, ont pris à tour de rôle la parole pour reconnaître non seulement la pertinence du thème retenu, qui est le divorce, mais également le bien-fondé de cette initiative. Ils ont tous rendu un vivant hommage aux organisateurs dudit évènement et ont proféré des bénédictions pour la cohésion sociale à Sabalibougou et pour la paix au Mali.
Aussi, afin d’éclairer la lanterne du public présent à cette conférence-débat, sur le thème du jour, deux éminents conférenciers se sont succédé au pupitre. C’est d’abord à M. Souleymane SIDIBE, administrateur de l’action sociale, en sa qualité de consultant en tant que personne ressource et non moins membre du comité de veille de la société civile de Sabalibougou, qu’il est revenu la lourde tâche de lire et commenter le complexe code du mariage et de la famille. Notons qu’au cours de ses explications, le conférencier s’est attardé sur l’article 280 du code, relatif à la définition du mariage qui nourrit bien souvent la polémique au sein de l’opinion. En effet, M. SIDIBE apporta un démenti formel quant aux allégations selon lesquelles nos autorités auraient légalisé voire autorisé le mariage entre homme ou femme du même sexe à travers l’article ci-dessus mentionné. Cette précision est de taille dans la mesure où l’incompréhension suscitée par la mauvaise interprétation de l’article 280 avait jadis engendré indignation et soulèvements populaires. L’éclairage ainsi apporté aura le mérite de dissiper toute suspicion et réinstaurer la sérénité au plan social. Par ailleurs, M. SIDIBE, éloquent et convaincant, clarifia, à travers le code, les conditions du divorce qui, confirme – t-il, ne s’obtient que sur décision judiciaire. Aussi, de passage, le conférencier dénonça le manque d’archivage, imputable à la pénurie du matériel informatique relativement aux divorces ainsi qu’à l’absence d’archivage. Il faut noter qu’à ce sujet, les chiffres avancés, pour illustrer l’argumentaire du conferencier, n’ont été obtenus que sur la base d’investigations du comité de veille de la société civile de Sabalibougou ainsi que par les travaux de recherches des étudiants encadrés par M. SIDIBE lui-même sur les thèmes similaires. Enfin, l’administrateur social aborda les causes multiples du divorce contentieux dont les principales sont: l’infidélité, le manque d’attention, l’incompatibilité au plan culturel, le problème du matériel et leurs conséquences dramatiques pour les acteurs concernés dans nos sociétés et, notamment les enfants. À ce sujet, il ajouta que dans la plupart des cas, les femmes sont victimes et qu’elles endossent les dommages en la matière. Il faut dire que la tâche s’est avérée titanesque, pour le premier conferencier qui, cependant, rompu à la chose sociale, et fin connaisseur des différents rouages de la société, a su tenir son auditoire en haleine comme l’ont attestées les vives ovations ayant suivi son exposé.
À la suite de M. Souleymane SIDIBE, le second conférencier, en l’occurrence, M.Touré, affilié au réseau islam population et développement, aborda le thème naturellement sous l’angle des préceptes islamiques. Il mit un fort accent sur l’éducation et l’humanité ainsi que sur les droits de l’homme, les valeurs sociétales, la dignité et le respect du prochain. À son tour, il s’appesantit sur les raisons du mariage tout en dépeignant la femme comme un stabilisateur du foyer. M.Touré, en maître du thème, rappela les 3 piliers du mariage, les conditions du divorce selon l’islam et fustigea la société qui s’érige souvent en obstacle à l’épanouissement des couples. Par ailleurs, il égaya l’assistance en prodigant des conseils assez pratiques pour la solidité des foyers, le bien-être et l’hamonie entre les conjoints. Son exposé, fort applaudi, fit place à la passionnante séance de questions-réponses et de temoignages au cours de laquelle des imams, des représentants des autorités, des forces de l’ordre et de sécurité et des citoyens, représentant la société civile, se sont succédé, dans un échange parfois houleux mais surtout franc, cordial et fructueux. Au cours des différentes réactions, les intervenants ont presque tous unanimement reconnu la faillite de l’éducation et ont fait diverses suggestions ou recommandations riches en enseignements dans ce sens, en guise de remède.
Il faut reconnaître que cette activité, à la fois, citoyenne et patriotique, de la société civile de Sabalibougou, à travers son comité de veille, qui a consisté à dévoiler les travers du divorce, sonne comme une alerte à l’effondrement de la société malienne toute entière, tel qu’en atteste les chiffres aussi effrayants qu’astronomiques du taux de divorce. Il s’agit, en effet, pour la seule année de 2017, de 126 286 cas de divorces enregistrés, dont la majorité est à la demande des femmes avec 96 049 et les 30 236 à la demande des hommes. Cette situation atteste à suffisance qu’au Mali, le taux d’instabilité des unions reste très élevé, notamment chez les femmes. Dans une enquête plus poussée, le premier conferencier, M. Souleymane SIDIBE, révèle que d’après les chiffres de l’Institut national de la statistique, c’est le District de Bamako qui s’impose avec le plus fort taux de divorce se chiffrant à 2,5%, suivi des régions de Ségou et Sikasso avec chacune 1,5% (identique à la moyenne nationale). Enfin, ce sont les régions de Gao relevant 0,5%, Tombouctou et Kayes avec chacune 0,7% qui ferment la marche de cet infernal ballet.
En réalité, compte tenu de ces chiffres, ce phénomène plus que jamais d’actualité, gangrène et sape à suffisance les fondements même de nos sociétés, dans une juste mesure où le mariage est considéré comme la première institution et les familles, le socle de l’humanité. Et, toujours selon M. SIDIBE, c’est bien la première fois que le thème du divorce fait l’objet d’assises publiques à Bamako car dans la plupart des cas, l’on se contente de le débattre dans des fauteuils douillets de luxueux hôtels, entre personnalités de hauts rangs, loin des vrais acteurs.
Eu égard à cela, ce genre d’initiative salutaire, mérite d’être pérennisée et étendue à d’autres communes, partout au Mali, afin de freiner la progression de la courbe vertigineuse des divorces qui a déjà amorcé sa descente aux enfers drainant son cortège de malheurs.
Souleymane KONATÉ / Duniya kibaru.net



