Opinion

LES CAUSES PROFONDES DE L’EFFRITEMENT PROGRESSIF DE LA COHÉSION SOCIALE AU MALI

décembre 7, 2020 · Par Souleymane Konate

Subissant depuis fort longtemps les dominations étrangères, le Mali se trouve aujourd’hui confronté à une véritable crise sociopolitique et même culturelle. Nonobstant, cette crise, de par sa nature, a-t-elle une source inconnue ? Nous est-elle étrangère en réalité ? Nos aïeux n’avaient-ils pas édifié un bouclier solide permettant d’amortir ces types de problème et maintenir l’équilibre dans les relations sociales ? Ou encore les données de l’histoire (sur l’organisation des sociétés traditionnelles) relatée par nos colporteurs de l’information sont-elles erronées ou ont-ils amplifié l’organisation sociale du Mali? Si non, alors la faute émane-t-elle seulement de la présence de l’altérité dans les affaires internes du Mali ?

Voilà en évidence des questions relatives à la situation actuelle du Mali, auxquelles il faut trouver des réponses pour nous rendre compte de là où le Mali a trébuché afin de réhabiliter les valeurs (valeurs culturelles, politiques et autres) spécifiquement maliennes. Dans cette logique, l’histoire actuelle de l’Afrique nous fait remarquer que ces crises ont marqué de nombreux États africains pour des intérêts politiques, religieux, tribaux, surtout culturels. Du coup, la seule et même méthode ou démarche utilisée ailleurs à savoir, diviser pour mieux régner, est en train d’être déployée au Mali pour extirper le nectar de ce merveilleux pays. Cependant, comment se fait-il que le Malien n’arrive pas à se rendre compte de ce système de division ? Partant dune analyse rétrospective des cas effectués au Soudan, en Centre-Afrique, au Libéria, au Nigeria, en Somalie, en Éthiopie, etc., la réalité de ces conflits dévient de plus en plus claire. Du coup, l’impérialisme dans l’extension de son champ d’investigation, joue si nécessaire le rôle du pompier pyromane, dans le but de trouver des prétextes, pourvu que les États eux-mêmes soient contraints à poser même des actes susceptibles de déstabiliser leur souveraineté. C’est partant de ce constat que Youssouph Mbargane GUISSE souligne dans son livre principal que « Le plus grand danger que court actuellement l’Afrique est le néocolonialisme et son principal instrument est la balkanisation.» Ce qui implique que la société malienne se rencontre dans cet obstacle où les valeurs sociétales censées protéger ses relations sociales, perdent progressivement leur quintessence. Cette perte de foi due à l’incompatibilité des valeurs sociétales aux réalités ambiantes du Mali impacte négativement et sème des brèches partout dans la société pour faire place inévitablement aux intrus. Dans ce sillage, un proverbe bambara véhicule en ces termes « Quand le mur se fend, les margouillats y pénètrent. » cependant, Comment est-ce que ces fissures ont-elles pu être faites ?
À partir de cette question, nous dirons que toute culture est soumise à une évolution permanente assurant non seulement sa survie, mais aussi sa stabilité et son efficacité. Relativement à la culture malienne, nous voyons en elle un certain conservatisme l’allergisant aux valeurs étrangères. Ainsi, aucune culture ne peut subsister dans l’autarcie. Donc elle a besoin par nécessité des autres cultures. La mauvaise gestion de cette relation d’interdépendance culturelle constitue aujourd’hui le problème majeur de l’effritement de la cohésion sociale au Mali. Autrement dit, l’évolution de la conscience sociale due aux nouvelles valeurs venues d’ailleurs et l’effet du brassage culturel ont donné naissance aux nouvelles mentalités. Celles-ci sont sans se contredire étrangères aux valeurs antérieures du Mali. Ce qui fait que les boucliers protecteurs des relations sociales (cousinage à plaisanterie, totems et tabous, etc.) font de nos jours moins d’effet. Ce dysfonctionnement est lié au fait que les hommes censés les respecter ignorent leur vertu, les conséquences liées à leur non-respect, de même que l’impact du changement de mode de vie relativement aux valeurs. Alors, cette incompatibilité entre l’homme, les valeurs stabilisatrices et les relations avec son environnement troublent incessamment la cohésion sociale au Mali. Voilà aujourd’hui de quoi l’homme malien embourbé dans ses valeurs presque révolues se trouve confronté aux valeurs étrangères dominatrices et destructrices des autres valeurs. Que faut-il faire pour se sortir de cette impasse ? Dans l’objectif d’être réaliste et pragmatique, les solutions culturelles ayant presque déjà échoué, proposons, celles, politiques et économiques.
Politique, du moment où l’État doit s’impliquer dans le respect des règles de l’impartialité et de l’objectivité afin de prendre des mesures draconiennes pour faire taire les règles individuelles imposées par les communautés en conflit, de même que celles se croyant supérieures ou valeureuses à d’autres. De ce fait, les seules règles légitimes seraient celles de l’État assurant efficacement et justement la gestion sociale dans les règles de l’art sans qu’une communauté ou une ethnie, voire une tendance politique soit plus favorisée que d’autres. Dès lors, cette intervention de l’État va combler les lacunes des valeurs culturelles et résoudre les différends entre les communautés. Donc, le système politique actuel du Mali doit s’harmoniser avec les valeurs essentielles des sociétés pour qu’il y ait respect désintéressé des lois (car elles relèvent de la volonté générale).
En ce qui concerne la seconde solution fondée sur la gestion économique, elle s’investit à planifier une répartition équitable de l’exploitation et de la répartition des richesses. Pour ce faire, l’État doit réviser et perfectionner son système de décentralisation conformément aux besoins des communautés. Ce renforcement du système économique décentralisé fait en sorte que villes, campagnes, tous les coins et recoins soient aidés par l’État par le biais des objectifs de développement et de corrélation fixés par l’État. Dans cette lancée, les citoyens des villes et des campagnes ne se verront plus discriminés de la jouissance de leur droit à la citoyenneté. Dès lors, chacun saura en ce moment qu’il constitue un pilier fondamental de l’État, et qu’il doit livrer non seulement pour l’avancée de sa localité, mais aussi de sa patrie. Donc, ce type d’homme malien va incarner les valeurs culturelles, sociales et démocratiques maliennes sans arrière-pensée.
Enfin, pour ne plus continuer à relater des discours comme certains utopistes issus de la puissance colonisatrice, il est pertinent de mentionner que le processus de la régulation de la cohésion sociale au Mali repose sur l’État, car il est la seule instance forte et crédible quand il arrive à se tenir debout et à se présenter en tant que le seul capable de protéger les intérêts qu’ils soient individuels ou collectifs. Alors, les Maliens « Debout sur les remparts » pour réaliser pleinement le Mali, car il est en cours de réalisation et ne doit être interrompu en aucune circonstance.
Adama KASSONGUE, Professeur de philosophie/Duniya kibaru.net