MALI- L’ÉCRIVAIN MODIBO IBRAHIMA KANFO REND HOMMAGE À JEAN D’ORMESSON
CRISE DU PERSONNAGE CHEZ JEAN D’ORMESSON
(Cette analyse, qui étudie brièvement « C’est une chose étrange à la fin que le monde », rend hommage à l’écrivain français Jean d’Ormesson à l’occasion du 4ème anniversaire de son décès – 5 décembre 2021 –)
Le personnage est un être sur papier, un individu fictif qui joue un rôle dans une histoire. À la naissance du roman, les personnages étaient des surhumains capables de réaliser des faits extraordinaires. L’évolution du genre mit une croix sur cette typologie qui laisse désormais la place aux personnages ordinaires. Ceux-ci atteignent leur apogée par une couverture réaliste tant sur le plan comportemental que psychologique. Au XXe siècle, les nouveaux romanciers ont déconstruit le personnage dans tous ses aspects. La crise du nom, la remise en cause de la psychologie, le rejet du caractère réel et la mise en valeur de l’écriture objective s’imposent.
Tout cela paraît peu pour Jean d’Ormesson qui se veut peut-être « nouveau nouveau romancier ». Dans son roman intitulé « C’est une chose étrange à la fin que le monde », la crise du personnage est mise en exergue par le dépassement de la dimension humaine. C’est-à-dire, les hommes n’ont plus assez de place dans le roman de l’univers (type de roman inventé par Jean d’Ormesson) où les acteurs clés demeurent le temps, l’espace, la vie et Dieu. Chez le romancier français, chacun de ses personnages participe activement à l’évolution de l’histoire de l’univers.
Dans « C’est une chose étrange à la fin que le monde », le personnage-dieu, autrement appelé « le Vieux », joue un grand rôle. Il est présent par la mention d’un « je », un « moi », un « ma » ou un « mes » qui s’adresse aux hommes, à ses œuvres. Cela relève d’une véritable innovation. Introduire « Dieu » dans un roman, est une manière pour d’Ormesson de montrer que ce genre n’a pas de limite, il est libre de porter sur un sujet banal au même titre qu’un sujet aussi complexe, insaisissable et sensible. Pourtant, en plus du personnage-dieu, « le principal personnage du roman de l’univers fait son entrée assez tard : c’est la vie » (d’Ormesson, 2010).
Au-delà de Dieu et de la vie, le temps et l’espace aussi participent à la déconstruction du personnage tel qu’il est rapporté par son livre intitulé « Le rapport de Gabriel » : « Le temps n’est pas le seul personnage du roman de l’univers. Au temps vient s’ajouter l’espace » (d’Ormesson, 1999). Dieu, la vie, le temps et l’espace sont donc des personnages chez Jean d’Ormesson. Dieu n’est pas tellement un personnage sûr, car souvent l’auteur émet des doutent sur son existence.
Cependant, il jaillit quelques fois et domine le texte. C’est le cas de cet extrait, par exemple, où il y a la mise en évidence de son pouvoir éternel et absolu : « le temps passe et je dure, l’histoire se déroule et l’être est. Derrière les tribulations du monde, il y a quelque chose qui lui permet de changer sans cesse et de rester le même à travers les changements : c’est moi » (d’Ormesson, 2010) ; ou encore ces passages dans lesquels il conditionne son éternelle existence au doute que les êtres humains nourrissent à son égard jour et nuit : « Que feraient les hommes s’ils ne me cherchaient pas ? Ils me cherchent – et ils ne me trouvent pas. S’ils me trouvaient, ils ne penseraient plus à moi. Parce qu’ils me cherchent sans me trouver, parce qu’ils me nient, parce qu’ils m’espèrent, la seule pensée de Dieu ne cesse jamais de les occuper tout entiers. Je suis un Dieu caché. Dieu vit à jamais parce que les hommes doutent de lui » (d’Ormesson, 2010).
Au-delà de Dieu, le temps et l’espace sont nécessaires pour la naissance et l’évolution de l’univers (l’histoire de l’univers). Sans eux, pas de monde, pas d’univers. La vie occupera plus tard une place importance avec les bactéries, les animaux, et les hommes…
Modibo Ibrahima KANFO
Bamako, Mali
Article passionnant
Merci Kanfo
Bon courage
Paix à Ormesson