MALI- GRIEFS CONTRE LA TRANSITION: L’IMAM MAHMOUD DICKO SERAIT-IL DANS UNE LOGIQUE DE SURENCHÈRE ?
La conduite actuelle de la transition en cours ne semble pas faire l’unanimité non seulement au sein de la classe politique mais divise également l’opinion. Après les récentes manifestations hostiles à la transition du cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie, c’est au tour de l’Imam Mahmoud DICKO de briser le silence. En effet, c’était le dimanche dernier, 29 novembre 2021, au cours d’un rassemblement, que l’ex-autorité morale du M5 a tenu des propos à l’encontre du bilan de la transition à travers ces mots: »ça ne va pas « .
Ces derniers temps, les maliens ont été témoins oculaires de manifestations de plus en plus hostiles à la transition politique en cours. Après le meeting géant du cadre d’échange des partis et regroupements politiques pour une transition réussie, c’était au tour de l’Imam Mahmoud DICKO de monter au créneau et d’exprimer toute sa désapprobation du bilan actuel des autorités de transition.
L’homme, Faudra-t-il le rappeler, était l’un des acteurs clés du M5-RFP, précisément, l’autorité morale de ce vaste mouvement populaire qui a fauché le régime d’Ibrahim Boubacar KÉITA, à l’époque. Tel un loup sortant de sa tanière après une longue période d’hibernation, l’Imam DICKO est sorti de son silence pour prononcer en des mots simples mais véritablement sonores, des griefs à l’endroit du gouvernement de Choguel Kokala Maïga. « Ça ne va pas « , avait – il martelé, comme pour dénoncer sur toute la ligne la gestion actuelle des autorités en charge de diligenter la transition.
Dans le même temps, l’Imam s’est montré compatissant en plaidant la cause du Mali auprès de la communauté internationale et notamment la CEDEAO, relativement aux récentes sanctions de nos autorités, par l’organisation sous regionale. Par la même occasion, le leader de la CMAS n’a pas manqué de dénoncer le refus de dialogue, prôné par le gouvernement, et, pourtant sollicité par un regroupement de religieux dont il fait partie.
Aussi, cette prise de position publique, par l’Imam est diversement interprétée au sein de l’opinion. En effet, pour bon nombre de personnes, ce discours émaillé de stratégie politique dissimule mal des intentions enfouies de l’homme, de se projeter à nouveau aux premières loges de la scène politique. Pour cette partie de l’opinion, Mahmoud DICKO, frustré d’être longtemps resté ignoré dans l’actuelle gestion du pouvoir, voudrait démontrer qu’il a encore du répondant et qu’à tout moment, il pourrait faire basculer les choses. Il est vrai que ce vieux briscard et fin stratège, dans l’art de la politique, dispose encore d’un bon nombre de militants et sympathisants inconditionnels qui, mieux, pourrait se voir rallier par une horde de politiciens débarqués, sevrés et désespérés, longtemps rentrés en dissidence avec le pouvoir d’Assimi Goïta et compagnie.
L’action de l’Imam pourrait donc s’assimiler à une technique d’approche du reste de la classe politique fermement opposée à la conduite actuelle de la transition. Et, dans ces conditions, il n’est pas exclu que l’homme retrouve encore une fois de plus son titre de personnalité morale au sein d’une nouvelle coalition qui irait en croisade contre le pouvoir en place. On l’aura mille fois martelé, le ridicule ne tue pas au Mali, surtout entre acteurs politiques où tous les coups semblent permis.
C’est fort de toutes ces hypothèses que les plus sceptiques quant à la sincérité de la récente action de l’Imam Mahmoud DICKO pensent que l’homme s’inscrit plutôt dans une logique de surenchère pour captiver l’attention sur sa personne.
Ainsî, reste à savoir quelle sera la réaction des autorités de transition, face aux assauts de l’Imam, elles qui nourrissent des velléités de recherche de large consensus pour légitimer leur feuille de route. Quant à Mahmoud DICKO, il lui faudra batailler dur s’il veut infléchir des positions car, aujourd’hui, il ne semble pas du bon côté de la pente comme ce fut le cas au M5, face à une transition qui continue de bénéficier d’un soutien populaire indéniable. Affaire à suivre.
Souleymane KONATÉ / Duniya kibaru
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