Politique

SOMMET ORDINAIRE D’ABUJA : LA CEDEAO, PLUS QUE JAMAIS, INSENSIBLE À LA CAUSE DU MALI

décembre 15, 2021 · Par Souleymane Konate

Le 56ème sommet ordinaire de la CEDEAO, qui s’est tenu à Abuja, ce 13 décembre, a examiné les différentes transitions malienne et guinéenne. S’agissant du Mali, l’organisation sous-régionale a encore une fois de plus durci le ton, face aux autorités, en brandissant des sanctions additionnelles, si toutefois la date initialement prévue pour les élections n’était pas respectée. Par cette décision, c’est donc tout le plaidoyer, fait à la CEDEAO, par le pouvoir de transition malien, pour justifier son incapacité à respecter la date butoir du 27 février 2022, qui a été balayé du revers de la main.

Le récent sommet ordinaire de la CEDEAO, tenu à Abuja au Nigéria, était très attendu, notamment au Mali. Pour cause, cette rencontre devait édifier l’opinion sur le nouveau sort réservé aux dirigeants maliens de la transition, par l’institution ouest – africaine. En aval, il y a lieu de le rappeler, la CEDEAO avait pris des sanctions individuelles à l’encontre de bon nombre de personnes impliquées dans la gestion de la transition, aussi bien au sein du gouvernement qu’au CNT. Ce rendez-vous, des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’institution, suscitait donc le suspens.

Seulement, les attentes des maliens, favorables au report des élections, ont été déçues par la probabilité de nouvelles sanctions avancées par l’organe ouest-africain si toutefois le délai du 27 février, initialement prévu, n’était pas respecté. C’est donc l’épée de Damoclès qui plane sur la tête du pouvoir de transition.

Disons que cette ligne d’une rigidité avérée, sur laquelle marche la CEDEAO, divise aujourd’hui l’opinion malienne. Il est vrai que si d’un côté, cette menace, de nouvelles sanctions, brandie par le tout récent sommet ordinaire d’Abuja est accueillie avec liesse, par la coalition de partis politiques et autres regroupements, force est de constater que de l’autre, cette posture adoptée fait grincer des dents aux supporters de la transition.

Aussi, cette attitude de la CEDEAO qui se refuse à toute concession, suscite amertume et incompréhension auprès des partisans de la transition pour qui, il est visiblement impossible de tenir les élections à la date initialement prévue, à cause des contraintes du moment. Et, vraisemblablement, la réticence des autorités, à organiser des élections à la date échue, réside, selon elles, au fait qu’aujourd’hui, la quasi-totalité du territoire échappe à son contrôle et que, non seulement, le terrorisme, émaillé d’insécurité notoire, est omniprésent mais qu’aussi le pays compte à nos jours de nombreux réfugiés et déplacés. Un sombre tableau de la situation qui semble fournir un argumentaire de taille et justifier le plaidoyer du pouvoir de transition.

Par ailleurs, aux yeux du citoyen lambda, ces réalités que semble ignorer la CEDEAO, dans ses prises de décision, traduit à la fois l’indifférence et l’insensibilité de cette organisation envers les souffrances des populations maliennes, victimes de l’insécurité et de l’occupation du territoire. La dernière illustration de cette sinistre réalité remonte à l’attaque lâche et barbare de Badiangara dirigée contre un véhicule de transport dont le macabre bilan a fait 32 morts.

Cependant, le fait que la CEDEAO reste sourde et aveugle aux préoccupations du Mali peut s’expliquer par l’existence des antagonismes, au sein même du pays, entre les maliens qui militent en faveur d’une prolongation de la transition et ceux qui y sont farouchement opposés. D’où le fétichisme entretenu par les chefs d’Etat ouest-africains autour de ces élections. Autrement dit, l’absence d’unanimité pour faire bloc commun autour de la patrie, légitime l’attitude de la CEDEAO à accentuer la pression. Ne dit-on pas qu’un mur présentant des fissures favorise l’intrusion de cancrelats et autres races de vipères qui y trouvent refuge?

Ainsi, la souffrance du Mali est également et surtout imputable au manque de cohésion entre les forces vives de la nation. Déjà, les assises nationales de la refondation, censées lancer les bases d’un Mali nouveau, sont boudées par une bonne partie de la classe politique qui les juge inopportunes.

En tout cas, le bras de fer qui engage aujourd’hui encore la CEDEAO au Mali, relève d’une question de souveraineté nationale. Et, à ce titre, qui, mieux que les maliens eux-mêmes, pour déterminer le meilleur pour le Mali ? À propos, un adage populaire véhicule qu’on ne peut pas être plus royaliste que le roi.
Pour cela, sans toutefois se mettre à dos la communauté internationale et autres partenaires du Mali, la logique voudrait que l’intérêt supérieur des maliens soit inscrit à l’ordre des priorités avant toute prise de décision, au-delà de toute forme de pression ou tapages.

Mohamed TRAORE/Duniya Kibaru.net