Société

CERCLE DE KENIEBA : LE PRÉFET ET SON PREMIER ADJOINT, À LA MANŒUVRE POUR DESTABILISER LA SOCIÉTÉ CIVILE LOCALE

décembre 25, 2021 · Par Souleymane Konate

Le cercle de Kenieba connait aujourd’hui de fortes perturbations au plan social, dues aux activités minières intenses et anarchiques. En effet, face au crime environnemental perpétré contre le cercle de Kénieba, certains citoyens, à l’effigie de M. Mamadou DABO, actuel président de la société civile locale, se sont érigés en rempart pour mener depuis toujours un combat contre la dégradation à outrance de la nature, dans le but d’éviter le pire aux populations. Cependant, M. Mamadou DABO reste aujourd’hui confronté à l’hostilité de certaines personnes, de connivence avec les autorités locales, à savoir, le préfet et son 1er adjoint, fortement soupçonnés de mener des manœuvres dilatoires afin de déstabiliser la société civile dont il est le président et qui constitue le levier de ses actions.

Le cercle de Kénieba est depuis un certain temps confronté à de sérieux troubles sociaux, imputables aux intenses activités d’extraction minière. La recherche effrénée de l’or, menée le plus souvent de manière anarchique et abusive, continue de faire subir aujourd’hui encore, au cercle de Kénieba, ce qu’il convient d’appeler, sans euphémisme aucun, le crime environnemental, aux conséquences extrêmement désastreuses, non seulement pour les innocentes et paisibles populations mais aussi envers la nature et les bêtes. Cependant, face à ces exactions commises au quotidien contre l’homme et l’environnement, certaines bonnes volontés, à l’instar de l’actuel président de la société civile locale de Kénieba, M. Mamadou DABO, contre vents et marées, bravant le risque, continuent de tirer sur la sonnette d’alarme dans leur combat perpétuel pour la restauration et la préservation du patrimoine commun à Kénieba et environnants. Connu pour ses prises de position publique, M. DABO représente la figure de proue dans la lutte contre la pollution environnementale et ses dangers pour ses concitoyens de Kénieba. Cet ancien employé et syndicaliste d’une société de mine est à l’origine de la visite d’une délégation de trois ministres et certains membres du Conseil National de Transition pour constater les dégâts des chinois et autres burkinabés implantés à kénieba, dans le cadre exclusif de l’exploitation de l’or.

Récemment invité à Bamako, à l’occasion du forum sur l’eau, l’homme a édifié l’assemblée sur la situation alarmante de Kénieba. Au regard donc de son activisme pour la cause de l’environnement et le bien-être de ses concitoyens, M. DABO est aujourd’hui victime d’un complot, ourdi contre sa personne en tant que président de la société civile locale de Kénieba, visant à le déstabiliser. Pour preuve, le conseil de la société civile locale de Kénieba avait connu en son temps, une vague de démissions sans raisons valables. L’objectif affiché était sans doute de fragiliser le conseil pour obtenir sa dissolution et, par la même occasion, l’éjection forcée de Mamadou DABO, de son poste de président dudit conseil car l’homme est visiblement devenu gênant du fait de ses actions de dénonciation des activités minières à outrance et leurs impacts négatifs dans la localité. L’affaire étant remontée jusqu’à la hiérarchie de la société civile, dans le cercle de Kénieba, le président du conseil régional de Kayes, M. Mamadou COULIBALY, à travers une lettre administrative, avait donné quitus aux autres membres restants du conseil local de Kénieba de poursuivre leurs activités du fait que les démissionnaires avaient agi de leur propre gré. Cette décision, qui ordonne la continuité des activités du conseil local de la société civile de Kénieba, par la plus haute instance habilité en la matière, devait dans les normes être applicable par les autorités administratives de la localité. Mais, contre toute attente, le préfet de Kéniéba, M. Mamoudou DICKO et son 1er adjoint, M. Souleymane COULIBALY ont témoigné une attitude hostile envers cette décision qui réhabilite M. DABO dans son rôle de président du conseil local de la société civile du cercle, à certaines occasions. En guise d’illustration, lors d’un atelier animé par M. Fahiraman Rodrigue KONE, expert en question de sécurité, le préfet a refusé de reconnaitre la participation de M. DABO en tant que président de la société civile du conseil local de cercle au cours d’une rencontre tenue la veille pour l’organisation dudit atelier. Se fondant simplement sur la lettre des démissionnaires dont il est ampliateur, le préfet a contesté ainsi une décision émanant de la plus haute instance en la matière, en l’occurrence celle de M. Mamadou COULIBALY, président du conseil régional de Kayes. S’alignant dans la même logique que le préfet, le même comportement a été observé auprès de son 1er adjoint qui a manifesté son indifférence, ce jour-là, lorsqu’un groupe de jeunes a fait irruption dans la salle, en plein atelier, pour interrompre les travaux, en présence de différentes catégories de corps de protection et de sécurité. Pire, ce représentant de la loi s’est montré compatissant et a fait preuve de légèreté extrême face à ces fauteurs de trouble à l’ordre public, les renforçant ainsi dans leurs velléités d’imposer leur volonté. Il faut noter que le 1er adjoint représentait le préfet, absent, le jour même de l’atelier en question. Quant au commandant de brigade, il a également observé un comportement assez étrange pour avoir été directement appelé par ce même groupuscule de jeunes qui lui a instruit de passer ensuite le téléphone au conférencier dudit atelier, en l’occurrence M. Rodrigue KONE, qui, à son tour a reçu des intimidations afin qu’il expulse les membres de la société civile de la salle d’où se tenait l’atelier.

La question qui se pose est de savoir comment un représentant de la loi peut-il accéder à la demande de quelques individus contre toute une société civile autorisée à exercer par sa hiérarchie. Notons que le prétexte selon lequel il n’y avait plus de société civile à Kéniéba se justifie par le fait que ce groupuscule de jeunes, farouchement opposé à la société civile de ladite localité, exprimait ainsi sa colère suite à la suspension d’un de leurs camarades, en l’occurrence, le président de la jeunesse de Kénieba, M. Bréhima TRAORE, pour des faits avérés de corruption. Il faut dire que cette frange partie de la jeunesse est totalement acquise à la cause des exploitants miniers chinois dont les pratiques sur le terrain dans le cadre de l’exploitation de l’or sont fortement dénoncées par M. Mamadou DABO. Alors qu’à Kénieba, force est de reconnaitre que les chinois, pour s’imposer et agir en toute impunité, ont opté pour la voie sans issue de la corruption des plus hautes autorités, semant ainsi la zizanie au sein des populations. En tout cas, ces agissements, à la fois, incompréhensible et inacceptable, de la part de représentants de la loi, censés intimer l’ordre et la sécurité, laissent planer le doute sur leur transparence dans cette affaire.

Ces autorités, incarnant l’administration publique, auraient pu trancher à cette occasion sur la base de la lettre de l’incorruptible président du conseil régional de Kayes qui jouit de toute légitimité et de la faculté d’habilitation. S’agissant de M. DABO, il faut dire qu’il est aujourd’hui victime de plusieurs manœuvres dilatoires de la part de ceux qui devaient reconnaitre et apprécier à leur juste valeur le bien-fondé de ses actions. L’homme qui a déjà remporté un procès en diffamation contre sa personne se bat aujourd’hui sur deux fronts, celui de la préservation de l’environnement, d’une part, et, les adversités visant à faire obstacle à sa mission de servir la société civile de sa localité, d’autre part.
Aujourd’hui, comme hier, il ne serait pas exagéré de dire que Kenieba est sur une bombe à retardement prête à exploser à tout moment du fait des intérêts divergents et des querelles interpersonnelles au détriment de la communauté avec la complicité active ou passive des représentants de la loi.

Pourtant, la mort de cette jeune dame, mère de famille, fusillée à bout portant, par un agent de sécurité, sur un des sites chinois et dont les images ont fait le tour de la toile, alors qu’elle était juste en quête de sa pitance quotidienne, devrait interpeller les plus hautes autorités de la transition afin qu’elles interviennent pour rétablir définitivement l’ordre et la discipline, dans ce « no man’s land »que représente aujourd’hui Kénieba. En effet, le concept du nouveau Mali « Mali coura », tant prôné par le pouvoir de transition qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille, ne saurait tolérer certains agissements et comportements qui perdurent à Kénieba. Affaire à suivre.

La Rédaction/Duniya Kibaru