Espace Universitaire

MALI – RECHERCHE SCIENTIFIQUE (Institut de Pédagogie Universitaire) : LA THÈSE DU DR KALIFA DEMBELE, UNE CONTRIBUTION SALUTAIRE EN FAVEUR D’UNE ÉCOLE PERFORMANTE

janvier 3, 2022 · Par Souleymane Konate

Il est de notoriété publique que les maux dont souffre l’école malienne et qui l’accablent de façon continuelle sont multiformes. En effet, depuis longtemps, notre école traine des tares inhérentes à des décennies de pratiques et de dysfonctionnement lui conférant ainsi une piètre image à plusieurs égards. Pourtant, de nombreuses tentatives de réforme, relatives à l’éducation, faites sur la base de certains diagnostics, ont connu de cuisants échecs car se sont avérées improductives. Ainsi, devant ce sombre spectacle que continue à offrir l’école malienne, au reste du monde, des compatriotes avertis et soucieux de l’ampleur du phénomène, à l’effigie du docteur Kalifa DEMBÉLÉ, convaincus du rôle prépondérant que devrait jouer l’école, dans le perpétuel combat de construction nationale, tel que l’attestent ses travaux de recherches, n’ont jamais abdiqué face à ce défi qui semble insurmontable. De toute évidence, déterminé à tenir le challenge, l’ex-impétrant et le désormais Dr Kalifa Dembélé, à l’issue de trois longues années de dure labeur et de recherches acharnées, dans le cadre de sa thèse de doctorant en sciences de l’éducation, aura réalisé un décryptage conséquent des facteurs qui expliquent les contre – performances de l’école malienne. Son thème intitulé : « Analyse des déterminants et des effets du soutien parental sur les résultats des élèves dans la commune VI du district de Bamako », n’a pas du tout été une promenade de santé, eu égard aux multiples contraintes majeures auxquelles l’ex-impétrant et chercheur a été confronté au cours de son noble combat visant à contribuer à redonner son éclat d’antan à l’école malienne. Cependant, fermement déterminé, Dr Kalifa DEMBÉLÉ a été guidé par la passion de ceux qui mettent en avant le caractère sacerdotal de l’école et valorisent les principes sacro-saints que requière leur tâche.
Appuyé par un encadrement à la hauteur de l’ouvrage, composé de Dr Mountaga LAM, Directeur de thèse et Dr Amadou BAMBA, le Dr a su se montrer méthodique et persuasif dans ses recherches. Aussi, ses travaux qui ont eu pour ultime objectif de contribuer à rehausser le niveau des résultats scolaires, à travers une école performante, ont été reconnus pertinents, appréciés à leur juste valeur et couronnés de la mention très honorable par un jury de référence habilité en la matière. Rappelons au passage que Dr Kalifa DEMBELE est auteur de communications et publications scientifiques. En effet, plusieurs communications sont à inscrire à son actif à savoir, celle présentée au 17ème Congrès International de Management de la Qualité dans les Systèmes d’Education et de Formation (CIMQUSEF’17), puis un article qui s’intitule « Suivi parental et performance scolaire dans l’enseignement fondamental au Mali: cas de la Commune VI de Bamako». publié dans » The Journal of Quality in Education » sous sa plume. Il est également contributeur à l’écriture d’un chapitre de l’ouvrage collectif « ABANDON SCOLAIRE PRECOCE DANS LES ZONES MARGINALISÉES » publié par l’Association marocaine pour l’amélioration de la qualité de l’enseignement »AMAQUEN » ; il a aussi contribué à la page 141 à 155. Désireux en savoir davantage sur son thème aussi audacieux que salutaire, et, qui a eu le mérite de soulever l’épineuse question de résultats en milieu scolaire, Duniya Kibaru, qui a toujours manifesté un intérêt très particulier pour les activités de l’université, a approché le Dr Kalifa DEMBÉLÉ dans le cadre d’un entretien.

ENTRETIEN AVEC DOCTEUR KKALIFA DEMBELE

  • Duniya kibaru : Bonjour Dr. Veuillez- vous présenter, s’il vous plait.
  • Kalifa DEMBELE : Merci de me donner cette opportunité de m’exprimer. Je suis Dr Kalifa DEMBELE, promoteur du groupe scolaire et universitaire ‘‘Biasson DEMBELE’’
  • Peut-on savoir vos sources de motivation à aller à la thèse de doctorat en dépit de votre statut d’entrepreneur chevronné?
  • Merci pour cette question que je trouve d’ailleurs très opportune. Sachez que j’ai opté pour la thèse, avant tout, par conviction profonde de ce que je représente.
    En fait, je conçois d’abord la connaissance comme une richesse inépuisable, ensuite comme une source qui ne tarit jamais. Autrement dit, c’est à mon humble avis la première et la plus grande des richesses. Par ailleurs, je dirai que la connaissance est un bien qui s’inscrit dans l’ordre des acquis personnels en ce sens que quand on la détient, c’est d’abord pour soi; c’est donc l’un des rares biens qui ne peut faire l’objet de dépossession. En somme, je conçois le savoir telle la clé susceptible d’ouvrir perpétuellement toutes les portes au-delà des limites que peut présenter l’argent. En plus, j’appartiens à un corps professionnel qui est celui des enseignants et qui commande d’être à la fois rigoureux, compétent et exigeant envers soi-même, en vue d’une meilleure transmission du savoir requis aux générations censées être la relève pour la conduite du pays. Ainsi, par devoir de conscience et au nom du sentiment de la tâche bien accomplie, pour cette jeunesse, aucun âge n’est requis pour apprendre et aucun sacrifice n’est de trop. Et, évidemment, l’école est un domaine assez sérieux qui ne laisse de place ni aux errements encore moins à la précarité mais au concret, issu de ce qui est savamment acquis. C’est cette logique des choses qui m’a galvanisé à arpenter davantage le sentier quoique harassant de la quête perpétuelle du savoir. En d’autres termes, l’enseignant doit aspirer au perfectionnement dans le but ultime de produire l’excellence au bénéfice de ses apprenants.
  • Que justifie le choix de votre thème ?
  • – Mon thème est à la fois très simple et en même temps le fruit d’une réflexion assez murie. Le constat est qu’aujourd’hui tout le monde reproche à nos élèves le problème de niveau alors qu’à ce sujet les responsabilités sont à situer à plusieurs échelons. Il est vrai que le manque du niveau, moult fois dénoncé et reproché aux élèves, pourrait être tributaire de certaines défaillances imputables aux enseignants eux-mêmes. Autrement dit, à bien des égards, le niveau de l’élève pourrait refléter celui de l’enseignant et par ricochet, le niveau de l’enseignant peut influencer significativement celui de l’apprenant. Cette appréhension de la situation nous incite à nous autres enseignants à œuvrer afin d’améliorer notre niveau de connaissance afin de remédier efficacement au phénomène. Je suis donc parti d’une considération séculaire selon laquelle la formation et l’éducation d’un enfant nécessitent l’implication de tous, et, qu’à ce titre, aujourd’hui, le rôle des parents aux cotés des enfants, dans le cadre du soutien et du suivi contribuerait à combler ce déficit constaté. D’où mon inspiration à choisir le thème portant sur l’analyse des déterminants et des effets du soutien et du suivi parental. Les études et recherches ont été focalisées sur la commune VI pour la raison évidente que c’est la plus grande commune de Bamako avec 8882 hectares, plus de 19400 habitants, 77 jardins d’enfants, 52 écoles de premier cycle privé, 32 second-cycles, plus de 200 écoles privées, 4 CAP (Centre d’Animation Pédagogique), 10 quartiers. Il faut dire que le choix de la commune VI a été motivé par le fait que sur le plan quantitatif c’est vraiment un échantillon de taille si toutefois nous menons une bonne analyse des résultats obtenus à partir de nos enquêtes. Et, en termes de qualité, nous avons pensé que cet échantillon pourrait être représentatif.
  • Au regard de la pertinence du thème, vous avez certainement dû être confronté à des adversités ou obstacles au cours de vos travaux de recherches. Pouvez-vous nous en ressasser en filigrane ?
  • Une recherche sérieuse n’est jamais aisée. Je le concède car j’ai été confronté à certains obstacles tels que la réticence des parents, voire leur scepticisme à l’égard de mes questionnaires. En effet, des directeurs d’école ont exigé des documents d’autorisation, préalables à toute collaboration; cela implique de la patience et de la compréhension. Aussi, certaines approches, à savoir, le concours des enquêteurs a nécessité des finances. Donc il n’y a pas que débauche d’énergie mais également d’argent. Cependant, il faut dire que ces difficultés semblent inhérentes à toute œuvre de l’esprit de cette envergure.
    – Quels sont les critères jugés déterminants pour entreprendre une thèse de doctorat, au plan personnel et au plan de l’encadrement technique ?
  • Vous faites allusion au cheminement logique de la formation. Pour être d’abord accepté au niveau de l’inscription, il faudra valider un Master II qui s’avère impératif; c’est une condition sine qua non, d’entrée même de jeu. Cependant, ce n’est pas une condition suffisante car après l’inscription, la participation à des séminaires est une étape indispensable. Par ailleurs, au plan personnel, il faut se montrer franchement engagé et déterminé car mener une thèse de doctorat requière une préparation aussi bien morale, physique que psychologique. Cette situation se traduit par le fait que les dispositions dans lesquelles se présente l’impétrant seront de nature à motiver ou au contraire à démotiver l’encadreur. En d’autres termes, selon que nous soyons prêts ou pas à souffrir pour la thèse déterminera l’engagement de celui à qui revient la lourde charge de nous encadrer. Et, quant aux critères relatifs aux capacités ou compétences des encadreurs, ils portent sur un certain nombre de points. Bien entendu tous les docteurs ne peuvent encadrer une thèse. En guise d’exemple, certains docteurs, même étant maitre de conférences, n’ont pas les qualités requises pour jouer le rôle d’encadreur. D’abord, il y a le décret de nomination puis un critère déterminant et bien d’autres. Je retiens surtout comme critères déterminants pour la rédaction d’une thèse, la participation aux séminaires doctoraux, aux colloques et aussi aux journées scientifiques. Pour ma part, j’ai participé aux séminaires doctoraux de notre école doctorale IPU et aussi à un colloque international, sur la qualité de l’éducation, organisé par le CIMQSEF 17 au Maroc ou j’ai présenté une communication qui a été par la suite publié dans « Journal of quality of education ».
  • Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’aujourd’hui avec l’avènement du CAMES, chez nous, faire un doctorat devient une promenade de santé ?
  • Cela relève d’une appréciation personnelle. Cependant, me concernant, je pense que le Mali est membre du CAMES et que de facto, tous les détenteurs du doctorat devraient bénéficier des avantages y afférents. Parlant d’avantages, je fais bien évidemment allusion au titre de professorat qui nécessite de passer par le CAMES. Seulement, à ce sujet, j’émets une certaine réserve du fait que l’inscription au CAMES exige de l’accompagnement des autorités en charge de l’éducation qui doivent payer des frais de participation de leurs candidats. Aussi, l’inscription au CAMES demande la publication d’articles de recherche de renommé international qui demande encore un soutien à la recherche par nos autorités. C’est juste une appréciation personnelle. Quant à ceux qui assimilent le fait d’aller au CAMES à une promenade inutile, c’est également leur opinion ; sinon, je ne suis pas du tout de cette façon d’appréhender les choses en ce sens que cette institution que représente le CAMES est le baromètre habilité à valider nos différents titres.
  • Certains de nos concitoyens s’inquiètent que la production accélerée de docteurs est un danger pour le pays et disent pour cela que les gens vont vite en besogne. Souscrivez-vous à cette conception des choses ?
  • Je pense qu’il y a plutôt une incompréhension de la part de ces personnes qui nourrissent un tel sentiment. En réalité, notre école doctorale n’a jamais fait preuve de légèreté du fait qu’il s’agit avant tout de former des cadres pour ce pays et, sincèrement, au regard des enjeux en présence, il ne saurait être question ni de laxisme et encore moins de complaisance dans l’acquisition du titre de doctorat. Et, je suis formel dans mes propos car du dernier employé du processus jusqu’au sommet, le système fait preuve de rigueur. En guise d’illustration, lors de ma dernière inscription, le secrétaire chargé des inscriptions m’a posé la question de savoir si j’exerçais toujours la fonction d’enseignant ou si j’étais juste professionnel dans un bureau. L’intérêt de sa question réside dans le fait que ceux qui sont toujours dans les bureaux sont soumis à des traitements différents de ceux qui tiennent les classes. Cela relève de la rigueur et atteste à suffisance du sérieux qui entoure la formation.
    – Quels sont vos projets en perspective après ce titre de docteur ?
  • Bien, après ce titre qui s’inscrivait dans l’ordre de mes préoccupations majeures, je compte m’investir pleinement à transmettre mes acquis à mes étudiants constituant la nouvelle génération. Je suis aujourd’hui, plus que jamais, déterminé à apporter ma modeste contribution à l’œuvre de construction nationale. Mon souhait est d’aider mes cadets dans la mesure de mes compétences et au mieux de mes capacités surtout que la recherche scientifique ne fait que commencer pour moi.
  • Cet entretien tire à sa fin, quel message avez-vous en particulier à transmettre ?
    – Permettez-moi tout d’abord de rendre un vibrant hommage à mes parents et à ma famille pour leur omniprésence et d’adresser par la même occasion mes vives salutations et reconnaissances à tous ceux qui, de près ou de loin, de quelque manière que ce soit, ont contribué au succès de ce projet. En particulier Dr LAM, mon encadreur et Dr Amadou BAMBA avec qui j’ai plusieurs projets de recherches à achever. À vous médias, soyez salués pour le rôle d’éclairage de l’opinion au quotidien. Par ailleurs, en considération de la situation socio-politique actuelle de notre pays, émaillée de crises multidimensionnelles, j’appelle de tous mes vœux le retour à un Mali paisible, réunifié et réconcilié avec lui-même, dans la concorde et la cohésion sociale.

Entretrien réalisé par Souleymane KONATE/Duniya Kibaru