Politique

MALI- CONCLUSIONS DES ASSISES NATIONALES DE LA REFONDATION : SUITE À LA PROLONGATION DE LA TRANSITION, L’OPPOSITION MALIENNE INCITE LA CEDEAO À RESTER FERME FACE AU MALI

janvier 4, 2022 · Par Souleymane Konate

Les conclusions des travaux des assises nationales de la refondation ont été rendues publiques aussi bien à l’opinion nationale qu’internationale. Ainsi, parmi les résolutions proposées, figure en pole position la prolongation de la durée de la transition de six mois à cinq ans. Une proposition que le ministre malien des affaires étrangères et de la coopération internationale, M. Abdoulaye DIOP, en visite au Ghana a d’ailleurs porté à la connaissance du président Nana Akufo-ADDO, Président en exercice de la CEDEAO. C’est cette décision qui fera sans aucun doute l’objet d’un examen minutieux au sommet extraordinaire de la CEDEAO, attendu le dimanche prochain, à Accra, la capitale ghanéenne. Cependant, cette idée de prolongation semble fortement diviser l’opinion malienne à travers l’opposition qui appelle aujourd’hui, de façon voilée, à des sanctions contre le Mali.

La transition malienne est loin de cesser de faire parler d’elle. Un peu comme le supplice de tantale, elle s’éloigne à chaque fois qu’on pense la saisir. La prolongation de sa durée, issue des conclusions des assises nationales de la refondation, de six mois à cinq ans, en est une parfaite illustration.

En effet, dans un chronogramme assez détaillé, les autorités de la transition ont clairement exprimé une prolongation de la période de transition en s’appuyant sur les synthèses des consultations nationales dédiées à la refondation. Une décision que le Mali a d’ailleurs déjà porté, depuis vendredi dernier, à la connaissance de la CEDEAO, à travers son président en exercice, Nana Akufo-ADDO, par le ministre malien des affaires étrangères et de la coopération internationale, M. Abdoulaye DIOP, en visite à Accra.

Aussi, conscientes des retombées de cette nouvelle posture qu’elles ont adoptées, les autorités de la transition, déjà sous le coup d’une sanction, ont entamé des démarches visant à plaider leur cause auprès de qui de droit. Ainsi, hier, une délégation malienne s’est rendue également à Ouaga au Burkina Faso pour y rencontrer une des têtes fortes de l’institution ouest-africaine, en l’occurrence, le président Rock Marc Christian KABORE. L’objectif recherché étant d’éviter des sanctions supplémentaires pouvant être fatales pour la suite des évènements, à travers un plaidoyer attestant de la pertinence de cette décision de prolonger la transition. Face à cette autre réaction de la transition malienne, bon nombre d’observateurs se posent la question de savoir si cette nouvelle prolongation de la période de transition traduit réellement la volonté des autorités maliennes d’aller à cinq ans ou s’il s’agit seulement d’une base de négociation avec la CEDEAO.

En tout cas, pour l’opposition malienne réunie autour du Cadre d’Echange des Partis et Regroupements Politiques pour une Transition Réussie, il n’est pas question d’un quelconque report. Elle y voit plutôt à travers cet acte, une ruse des autorités de la transition pour confisquer le pouvoir et de s’affranchir ainsi de tout cadre légal. Pour cette opposition qui campe fermement sur sa position antérieure, le pouvoir en place devrait se tenir à ses engagements passés, conformément à la charte de la transition. Ouvertement remontés contre cette décision de prolongation, les membres du cadre d’échange appellent même à des sanctions contre le Mali à travers son porte-parole, Ismaël SAKHO, qui incite la CEDEAO à adopter de la fermeté à l’encontre des autorités maliennes, à son prochain sommet extraordinaire du dimanche 9 décembre dans la capitale ghanéenne.

Il faut rappeler que cette opposition, coalisée autour du cadre d’échange, qui ne jure que sur l’organisation des élections, a depuis toujours refusé la main tendue du pouvoir de transition, engagé dans la refondation du pays. Une opposition qui est restée, jusqu’alors, sourde à tous les appels à l’unité nationale, sous le prétexte d’exclusivité, et, a préféré se cloîtrer dans des batailles interpersonnelles, spécialement dirigées contre le premier ministre de la transition, Choguel Kokala MAIGA. Ainsi, l’entêtement de l’opposition à rester loin des acteurs de la refondation et à réclamer à tout prix des élections ont toujours servi de prétexte à la CEDEAO dans la prise de ses sanctions car on ne cessera jamais de le dire, les cancrelats et autres vipères ne s’incrustent dans le mur que lorsque celui-ci présente des fissures.

Seulement, quoiqu’on dise, il serait difficile de nier les priorités évoquées par le pouvoir de transition qui s’étendent de la lutte contre le terrorisme au défi colossal de l’insécurité en passant par la lutte implacable contre la corruption et la délinquance financière. Ajoutées à cela, les grandes réformes dégagées par une bonne partie des maliens sur l’ensemble du territoire, dans le cadre des récentes assises nationales et, qui, visiblement s’imposent par leur degré de pertinence.

De toute évidence, cette grande fixation autour de l’organisation des élections, de la part d’un groupe de sevrés, débarqués pour la plupart du pouvoir et mutés en opposants, laisse croire que l’opposition malienne cherche à traire de façon irréversible la vache laitière que représente le Mali, même malade.

Or, au stade où se trouve le pays, le peuple malien semble déterminé à tout sacrifier pour la patrie, jusqu’aux sanctions de la CEDEAO, quelles qu’elles soient.

Souleymane KONATE/Duniya Kibaru