MALI- INSÉCURITÉ GRANDISSANTE À BAMAKO : FACE AUX ASSASSINATS DONT ILS SONT VICTIMES, LES MOTO-TAXIMÈTRES RÉAGISSENT : « SI L’ÉTAT NE S’ASSUME PAS, NOUS NOUS DEFENDRONS NOUS-MÊMES »
L’insécurité résiduelle a ressurgi à Bamako ces derniers temps avec plus de vigueur et drainant du coup un cortège de morts. On peut dire que les braqueurs ont repris du service avec des méthodes aussi sanglantes que perfectionnées. Aujourd’hui, les cibles préférées de ces bandits sans foi ni loi sont les moto-taximètres dont plusieurs ont été assassinés ces derniers temps, en pleine circulation, à cause de leur moto. Face à l’incapacité des autorités à juguler le phénomène, les moto-taximètres décident de prôner la légitime défense.
Comme un cancer, le phénomène de l’insécurité résiduelle est réapparu ces derniers temps à Bamako avec ses morts en cascade. Aussi, les cibles préférées de ces bandits sans foi ni loi sont les conducteurs de moto-taxi dont la plupart ont déjà été abattus à cause de leurs engins. En effet, ces derniers jours, les professionnels de ces moyens de transport à deux roues déplorent la perte de certains de leurs collègues, tués par des braqueurs et leur moto emportée par la même occasion. Il y a de cela quelques jours seulement, l’on voyait dans une vidéo devenue virale, un moto-taximètre qui gisait encore par terre, à l’entrée du deuxième pont, poignardé par des braqueurs, à qui il aurait résisté quand ceux-ci lui ont instruit de leur remettre sa moto. Dans le même temps, un autre moins chanceux près du monument de la grande bougie, a succombé aux balles qu’il a recues, voulant échapper à ses assassins. Et, dans le quartier de Bozola, une autre victime est à déplorer, ayant trouvé la mort dans les mêmes circonstances. De tous ces professionnels de moto-taxi assassinés, c’est celui dont le corps a été retrouvé très récemment à Sirakoro, aux abords de la résidence de Feu, le général Kafougouna Koné, qui a suscité le plus d’émotions car la dépouille fut retrouvée dans un état lamentable.
Quant au modus operandi des malfrats, il est presque le même ; ils font sommation à leurs victimes de s’arrêter à des endroits douteux ou leur demande de les emmener vers des lieux réputés dangereux. Et, lorsque le conducteur refuse d’obtempérer, les délinquants n’hésitent pas à ouvrir sur lui le feu à bout portant ou de l’agresser à l’arme blanche. Ainsi, les victimes de ces derniers jours ont soit reçu des coups de feu ou ont été poignardées. Si avant, des zones de Bamako étaient signalées comme présentant des risques potentiels, à l’instar de Bozola, de certains quartiers périphériques et de N’tabacoro, aujourd’hui, les moto-taximètres sont presque unanimes que l’insécurité s’est généralisée sur toute l’étendue de la capitale des trois caïmans et que desormais, ils ne sont à l’abri nulle part.
Cependant, interrogés sur les causes de cette situation dramatique, les conducteurs de moto-taxi accusent les autorités d’être passives et fustigent notamment la police d’être à la fois laxiste, complaisante et même complice. En effet, méfiants, certains d’entre eux qui ont bien voulu se prêter à nos questions, sous l’anonymat, nous ont confié qu’avant, il était facile de retrouver sa moto-taxi en cas de vol et qu’aujourd’hui, des policiers préfèrent s’arranger directement avec les voleurs et vont jusqu’à les couvrir le cas échéant. Ainsi l’un d’eux nous a laissé entendre : « On ne comprend plus rien, avant il était très facile de retrouver sa moto lorsqu’elle était volée mais aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Même quand tu emmènes ton voleur à la police, quelques jours après tu le retrouves dehors ; et, cela encourage les voleurs qui reviennent même se venger parfois contre toi. Interrogé, un autre se confia : « La police appréhende souvent des moto-taximètres qui ne disposent d’aucun document de la moto attestant qu’ils en sont propriétaires mais les policiers préfèrent les raquetter plutôt que de les conduire au poste afin qu’ils puissent s’expliquer. Et, accusés de cela, certains policiers nous laissent clairement entendre qu’ils ne se nourrissent pas de simples papiers mais plutôt d’argent et qu’ils ont dû eux-mêmes payer très cher pour devenir policiers ; tout cela encourage les braquages de motos.» Ecœuré et au bord des larmes, un autre témoignage, très critique à l’endroit des policiers, nous a été livré en ces termes : « Vous savez, dès la tombée de la nuit, les patrouilles de la police ne raflent que les prostituées et nous les moto-taximètres alors qu’ils savent très bien là où se cachent les délinquants ; dans ces conditions, ces malfrats continueront à faire le mal puisqu’ils ne sont pas inquiétés».
Il faut dire que toutes ces réactions accablantes à l’endroit de nos forces de l’ordre et de sécurité sont de nature à ternir l’image de notre police et à amplifier la crise de confiance entre elle et la population qu’elle est censée protéger. En tout cas, se sentant abandonnés, à la fois par les autorités et les hommes en tenues, bon nombre de conducteurs de moto-taxi prônent aujourd’hui la légitime défense comme ultime solution pour juguler ce drame qu’ils vivent au quotidien.
Et, cette situation est traduite à travers ces propos que nous avons recueillis auprès d’un des conducteurs, suffisamment remonté contre l’attitude qu’il juge méprisante des autorités à leur égard : «Moi j’ai conduit mototaxi au Cameroun et au Gabon, et je suis aujourd’hui rentré pour servir mon pays car nous contribuons au développement ; ce métier permet de résoudre le problème du chômage et il constitue une source de revenus pour de nombreuses familles ; pour cela, nous achèterons des machettes et des armes à feu, s’il le faut, pour assurer notre propre sécurité afin de continuer à nourrir, sans crainte, nos familles ». Ainsi, ces mises en garde, si elles s’avéraient, ouvriraient sûrement la voie au cycle infernal des règlements de compte.
Face au drame humain qui se profile à l’horizon, il est grand temps que les autorités s’impliquent sérieusement pour mieux organiser le secteur et mettre un terme au phénomène des braquages de moto-taxis qui a déjà endeuillé de nombreuses familles.
Souleymane KONATÉ/Duniya kibaru.net
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